Après 10 semaines de préparation, entrecoupées d'une semaine de "aie, j'ai mal à la cuisse" et d'une semaine de "oh, une semaine de ski, c'est du sport quand même?", c'est le jour J ! Le réveille sonne à 6h00. Dur pour un dimanche matin... Mais l'excitation de ce qui va venir me réveille rapidement. Je mange mon GatoSport avec un bon café. Beurk ! Premier exploit de la journée : j'ai réussi à rater un gâteau qui se fait en mélangeant de la poudre avec de l'eau ! Brûler à l'extérieur, cru à l'intérieur. Mais, en bon petit élève, je mange ce que le monsieur de la boutique marathon me dit. Une petite clope. Et oui, vous avez bien entendu, à mon grand désespoir, je fume toujours. Et puis je me prépare. J'enfile mon short, mon T-shirt avec mon beau dossard soigneusement épinglé. T-shirt fétiche d'ailleurs puisqu'il m'a déjà permis de faire Paris-Versailles l'année dernière. Je n'oublie pas non plus les pansements. Les coureurs sauront où je les ai mis, les autres, essayez de deviner ;-). Ipod chargé, cardio ajusté, montre réglée, ceinture de gel et boisson d'attente sous le bras, j'enfile la veste de jogging que je laisserais sur place et je quitte mon doux foyer pour un long voyage... intérieur ! Dès que je sors de chez moi, je me sens dans l'ambiance, je suis juste derrière un coureur qui va prendre le métro avec moi. 50 personnes sur le quai, environ 40 coureurs. A chaque arrêt, c'est un vingtaine de coureurs qui monte dans le métro. A l'arrêt Charles De Gaulle Etoile, c'est toute une rame de joggers qui se vide.

7h20 : Affiche Marathon de ParisQuel calme sur les Champs sans voiture ! Les premiers sont là, ça s'échauffe et s'étire dans tous les coins. Je descends jusqu'à la ligne de départ pour me faire une idée. Je suis déjà impressionné. Je cherche à me réchauffer. Ca caille un peu quand même ! Un petit groupe de malins a trouvé un bon moyen : tous agglutinés au dessus d'une grille d'aération de métro. Bonne idée, je me joins au groupe avant qu'il n'y ai plus de place. La foule commence à se faire plus dense, tout comme la pression monte. On rejoint petit à petit les SAS de départ en fonction de ses objectifs de temps. Je finis ma bouteille de boisson d'attente, un petit pipi. J'ajuste mon Ipod favori. La playlist Marathon est chargée.

8h35 : Les handisport sont partis comme des balles (30Km/h !). La pression est à son comble. De cette foule compacte commence à s'élever une rumeur de plus en plus forte. Les premiers sweats et autres sac poubelle se mettent à voler. Pour les non initiés, c'est un rituel assez sympa à voir : tout le monde porte un petit truc chaud pour patienter puis, à 5 minutes du départ, tout le monde jette son vieux vêtement sur le côté par dessus la foule. Ca donne un mini feu d'artifice de fringues usagées (qui seront ramassées pour des associations).

8h45 : ChpsElyseesBertrand donne le départ ! C'est (presque) parti. Encore quelques minutes de patience derrière les premiers partants (10 000 environs, ca prend du temps). Et puis ... C'est mon tour ! J'enclenche mon chrono en passant sous le grand portique et je m'élance. Ca part doucement au départ. Tant mieux, j'avais pas prévu le sprint tout de suite ;-) Un petit coucou au camera (Maman, je suis à la télé !). Quel bonheur de se sentir faire parti d'un si grand événement. Je me laisse porter par le mouvement jusqu'à la Concorde. Mais mon allure ne me satisfait pas. Je suis assez en retard sur mes plans. Je tente d'avancer un peu mais il y a trop de monde, surtout avec cette rue de Rivoli qui se rétrécie. Tant pis, je zigzague un peu, mon coeur est déjà haut (160Bpm) mais j'ai de bonnes sensations, ça doit être l'émotion !

Bastille et son premier ravitaillement. "Ne rate aucun ravitaillement" ! Une petite bouteille d'eau. Une ou deux gorgée et .... Merde ! C'est quoi ce bordel ! Un bouchon ! Stoppés net. Au moins 50 mètres à la vitesse du dernier mec qui essaie de rentrer dans le metro un jour de grève ! Tant pis, c'est le marathon de Paris, c'est que du bonheur. C'est reparti.

A partir de Nation, ça roule mieux. "Accélère un peu"... "Pas tant que ça tu vas te cramer !".... "Mais un peu quand même, faut que tu arrives avant la nuit"... Bref je regarde mon podomètre tous les 3mètres.

Deuxième ravitaillement. Un petit gel (beurk!). Tout va bien. Je me sens bien. Il fait beau. Bonne ambiance. En y regardant de plus près, il y a même de jolies filles ;-) ... Mais ? .... Re-merde !!! J'ai paumé un gel ! Celui avec des trucs qui vont bien contre les crampes (magnésium & antioxydants pour les intimes). Plan de secours ? La Banane de Martinique et de Guadeloupe bien sur !!! Le seul souci c'est que j'aime pas ça. Mais c'est pas pire que ces gels de toutes façons. Bref, ça déroule tranquille jusqu'au semi. Toujours un peu de retard sur le planning mais j'ai doublé les meneurs d'allure "3h45" depuis un moment, c'est tout ce qui compte. Petite parenthèse pour les noobs, un meneur d'allure est un mec qui fait le marathon en moins de temps que tu prends ta douche. Et quand il s'ennuie, il se met un gros drapeau qui prend bien le vent et il fait le marathon à la même allure que les mecs qui l'ont jamais fait mais qui se rasent les jambes pour être plus aérodynamiques !!!
Après le 26eme, c'est l'inconnu. Un petit pas pour l'Humanité, mais un grand pas douloureux pour l'homme... 30Km : C'est grand Paris quand même... Huhh ! Très grand... Pfffff! Je commence à "taper dedans" comme on dit. Allez ! Encore un petit effort. A 35, t'auras droit à ton gel "Coup de fouet"...

Coup de fouet, Parcours Marathon de ParisCoup de fouet... Coup de bambou ouais! Putain, j'avais pas vu le "MUR" au 30eme kilomètre mais au 35, j'ai pas fait gaffe et je l'ai pris en pleine gueule ! Pour les non initiés, le "mur" est un moment théorique ou tu passes du stade "je suis un Kenyan porté par le vent" au stade "Je suis Balladur et la vie est dure" en quelques secondes. Autant dire que tu sens beaucoup moins à l'aise dans ton short !... "Hé?". "Hé !!!?" C'est quoi ce bordel ? J'étais pas censé les avoir largué les mecs qui portes les drapeaux "3h45" ??? Là, le premier vient de me doubler Ca, je peux vous dire que ça calme les ardeurs... "Et en plus il se paye le luxe de remotiver ceux qui courent autour de lui !". Ca m'énerve !!!

37Km : Là, j'ai mal dedans ! Je suis vraiment vidé, j'ai pas du tout envie de faire des blagues... L'autre avec son déguisement de sorcière qui court derrière un OUI-OUI de compétition ne me choque même plus... Et merde !!!! Encore un porte drapeau qui passe devant. C'est pas grave, je fais le maximum.... Re-merde... Là, c'est le dernier porte drapeau ! Et c'est une FILLE !!!!!

37,5Km : Aïe !

38Km : Ouch ! (en anglais)

39Km : Tiens ? un stand de vin ? Ca y est, je divague !... Ah non, c'est le stand du marathon du Medoc ! Ils sont fous ces gaulois !

39,1Km : J'ai mal...

39,2Km : Papaaaa, c'est quand qu'on arrive?

39,5Km : Aïe ! (déjà dis mais c'est encore valable jusqu'au KM 42)

40Km : Youpiiii, un ravitaillement, j'ai droit à mon red Tonic en plus.

40,3km : "Allez Jérôme! c'est maintenant ! Tu repars et tu ne t'arrêtes plus !".... Et bien moi, je voudrais qu'on s'arrête 2 secondes pour parler de cette phrase. Ce monsieur, il a permis à Raymond de finir son marathon. C'est dommage que "Perdu de vu" n'existe plus car j'aurais aimé faire cette émission pour retrouver cet homme rien que pour lui payer un coup ! Et un énorme merci aussi à celui qui a écrit mon prénom sur mon dossard. Parce que des gens qui vous appellent par votre prénom dans la douleur, moi, ça me bouleverse ;-). Alors, MERCI !

40,4km : "Ok, Monsieur. Vous êtes bien gentil de m'avoir remis en selle mais, j'ai plus de jambe moi". Je continue, coûte que coûte. J'y suis presque. On sort du Bois de Boulogne. Il y a de plus en plus de monde. L'ambiance se réchauffe "Allez Jérôme !!!". Ils sont tous venu pour moi ! Je me relève, je me révèle ! Et dans ce dernier kilomètre qu'il me reste à parcourir je sors de mes entrailles ces dernières foulées. Enfouies si profond dans ma motivation qu'il a fallu tout ce qui me restait de forces pour les enchaîner!

42,195Km : Ca y est... Je suis un "MARATHONIEN". Un an d'effort et de plaisir pour une si forte émotion. J'ai comme un grosse envie de pleurer qui traine depuis le Km 37 mais... Ca va mieux. J'embrasse ma femme. Ouf! Pas mécontent de redevenir un homme...

Merci à :

  • Ceux qui m'ont tendu des bouteilles (ils étaient bénévoles)
  • Celui qui a écrit les prénoms sur les dossard (j'y tiens)
  • Ceux qui ont crié mon nom pour que je bouge mon cul !
  • Ceux qui m'ont dit bravo après (mais pas trop tard ;-)
  • Ce monsieur qui m'a permis de finir au Km 40 (a peu près).
  • Ma femme (sinon elle va râler en lisant l'article ;-)....

A Bientôt !